Vendons l'école !

Olivier Baud
Président de la Société pédagogique genevoise
Paru dans le bulletin du GAPP, n°99 janvier 2005

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La qualité de l’école, c’est d’abord d’être publique, gratuite, laïque et de pouvoir ainsi accueillir tous les enfants, sans discrimination. Mais qu’est-ce qu’une école de qualité ? A force de faire usage de cette expression, a-t-elle encore un sens ?

Quand on a de la peine à expliquer l’école, quand on veut faire passer ses idées, l’argument de la qualité aide à masquer bien des incongruités. Un marchand de tapis ne ferait pas mieux. La qualité fait partie de la panoplie du vendeur parce que cela marche. L’initiative « pour le maintien des notes à l’école primaire » ne procédait pas d’une autre manière. Le texte soumis à la population, pour récolter les signatures dans les supermarchés, commençait par ces mots : « Pour une école de qualité […] ». Qui aurait pu refuser de signer une initiative qui mettait cette volonté en avant ; comment imaginer qu’elle ne soit pas pétrie de bonnes intentions ? A moins de lire la suite, bien sûr, et de constater que les propositions pour arriver à ce but brillaient par leur absence. Mais, à notre époque où l’on se gargarise de traçabilité, où tout doit être « certifié conforme aux normes » (même une bouée de sauvetage en béton armé arriverait à répondre à des critères de qualités reconnus) il n’est pas étonnant que les citoyens aient été bernés par cet argument creux. Il n’empêche que c’est dans ce contexte difficile que nous avons dû, nous, défenseurs d’une école évolutive, démontrer que la réforme apportait des gains dont les élèves, en premier, bénéficiaient. Tâche délicate d’autojustification où nous étions attendus à chaque contour.

Les parents sont maintenant convaincus et savent exprimer la satisfaction qu’ils retirent lorsque leurs enfants sont dans une école en projet. Mais - faut-il le redire ici ? - une véritable école de qualité, celle qui peut amener un maximum d’enfants à atteindre les objectifs d’apprentissage, ne se fera pas – durablement – sans moyens conséquents. Il ne s’agit pas d’une litanie syndicale, mais bien d’une prise en compte du contexte social et politique qui impose de plus en plus de tâches à l’école, qui multiplie les attentes et ce, sans octroyer les moyens pour y répondre. Comment accorder l’attention nécessaire à chaque élève, développer une évaluation qualitative, si les effectifs croissent sans arrêt ? Comment contribuer au développement harmonieux des enfants si les maîtres spécialistes disparaissent et que les généralistes doivent intégrer toujours davantage de disciplines à enseigner ? Comment prendre en charge les élèves dans leur diversité si l’appui et l’enseignement spécialisé sont réduits ? Etc. (hélas).

Parents et enseignants doivent s’unir pour défendre une école de qualité. « Les services publics ne sont pas à vendre ! » Et l’école n’est pas une marchandise. Mais, apprenons et sachons mieux, ensemble, la vendre, la vanter, afin qu’elle soit comprise et qu’elle obtienne la reconnaissance et les moyens dont elle a besoin. L’école est (peut-être) le seul investissement, la seule richesse du futur ; pour vos enfants et petits-enfants, pour nos élèves, pensons, pensez-y !

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