L'école genevoise coûte cher ?

Valérie Délez Emery
Enseignante, membre de la Société pédagogique genevoise
Paru dans le Courrier, 24 novembre 2004

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J’écris en tant que privée qui suis enseignante primaire dans la sphère professionnelle et maman de deux enfants dans la sphère privée. Maman qui s’inquiète que dans l’école de son enfant il n’y ait déjà plus de maître spécialiste d’activité créatrice sur textile (MS Couture), moins d’heures de MS Travaux manuels, moins d’heures MS Gym et plus aucune heure de GNT (maître d’appui) pour les élèves en grandes difficultés. Voici quelques chiffres concernant l'enseignement primaire : quand feront-ils la UNE plutôt que l'objet d'un courrier des lecteurs en petits caractères, sans mise en exergue, même si cela n’est mieux que rien.

Nous avons besoin du soutien de la population. La situation du terrain se détériore et nous avons vraiment l'impression que personne ne s'en rend compte. Les élèves les plus faibles sont les premiers à en souffrir. Les élèves devant bénéficier d’une structure adaptée restent de plus en plus dans les classes ordinaires puisqu'il n'y a plus de place dans les institutions et dans le secteur spécialisé. Du coup, les élèves moyens et bons commencent à souffrir eux aussi de la situation !

L’école genevoise coûte cher ? Halte aux idées reçues ! Quelques chiffres officiels…

Le coût de l’élève au primaire, à Genève
- est inférieur à la moyenne suisse et se situe au 9e rang (OFS 2003)
- a diminué de 24% entre 1991 et 2003 (DIP 2004)

Le nombre total d’élèves, entre 1993 et 2002 (SRED 2003), a augmenté, passant de 56'543 à 64'718 (+8'175), tandis que, durant la même période, le nombre total d’enseignants a diminué, passant de 5'152 à 5'127 (-25)

En outre, Genève, entre 1990 et 2001, est le seul canton dont les dépenses publiques d’éducation par habitant ont diminué : moyenne Suisse +10.4% ; Genève –16.7% (OFS 2003)

Par contre, le taux de jeunes ayant obtenu un diplôme à l’issue du secondaire 2 est passé de 59.8% (1982) à 77.1% en 2002 (SRED 2003)

Nous ne pourrons pas continuer à faire encore mieux avec toujours moins !

L’école genevoise est à un tournant de son histoire. Si nous laissons faire dans la voie du « moins d’Etat », il n’est pas besoin d’être grand devin pour en prévoir les conséquences :
- Dégradation générale de la qualité des formations
- École à deux vitesses
- Accès réduits aux formations exigeantes
- Place de plus en plus grande du privé à l’école, etc.

Et, finalement, émergence d’une société encore plus inégalitaire !?!

La Fédération des enseignants genevois refuse d’envisager avec fatalisme ce scénario catastrophe et se battra pour qu’il ne voie pas le jour. Rejoignez-la dans ce combat !
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