Bravo les enseignants de l'Ecole primaire : vous avez compris les enjeux de la rénovation

Etiennette Vellas
Membre de la Société pédagogique genevoise
Paru dans la Tribune de Genève, vendredi 23 janvier 2004

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Merci à la Tribune de Genève d'avoir fait sa Une et son affiche sur les enseignants qui soutiennent la rénovation genevoise de l'Ecole Primaire. Il était temps que ceux-ci, à travers la Société pédagogique genevoise, mobilisent une fois la presse pour se faire entendre face à l'ARLE, association qui sait si bien l'utiliser!

Travaillant dans la formation initiale et continue des maîtres du primaire, je peux témoigner de l'engagement grandissant de nombreux enseignants à mettre en place, avec intelligence et souvent enthousiasme —on ne le dit pas assez! — cette nouvelle organisation du travail que réclame la rénovation en cours. Une organisation qui est la condition nécessaire du projet de société contenu dans la rénovation. Un projet qui, pour une fois, a une envergure politique puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, de changer de contrat scolaire. Soit faire de l'école primaire un lieu de formation. Sans plus en faire un lieu de sélection, excluant certains enfants, dès leur plus jeune âge, des meilleures places sociales.

Oui, la rénovation est une révolution. Et, si nous voulons bien accepter de poser le problème correctement, une révolution qui ne fait aucun perdant. Au contraire. Car pouvoir promettre à chaque enfant lors de son entrée à l'école que celle-ci ne cherchera qu'à le former, l'éduquer, l'instruire, sans plus le sélectionner, c'est aussi pouvoir lui offrir une école de plus grande qualité. Soit une école au service de la transmission des plus nobles et utiles significations de la culture scolaire. Nous avons toujours de la peine à mesurer à quel point la mission sélective de l'école défigure tout objet culturel auprès de l'ensemble des enfants, en les privant de ses valeurs premières (celles-ci sont en effet fortement amoindries, voire disparaissent quand les élèves travaillent pour la note).

Cet objectif de redonner son sens premier à la culture, devrait être un projet de société qui enthousiasme non seulement les pédagogues et les parents mais aussi chaque citoyen.

Puisse Charles Beer et les enseignants de la Société pédagogique genevoise continuer à défendre ce projet de rénovation de notre école genevoise comme ils le font aujourd'hui. Et si possible dans son entièreté. Car chaque année enlevée à la durée des cycles d'apprentissage de quatre ans, comme toute acceptation de négocier une forme de sélection (que ce soit par le retour aux notes ou tout autre moyen), affaibliront le projet sociétal initial. Toute demi-mesure risque en effet de laisser l'école prisonnière d'un contrat scolaire hérité de sociétés très inégalitaires.

Aurons-nous collectivement la force de résister à des pratiques de sélection devenues indignes d'une démocratie, pour faire nôtre ce projet politique dont nous devrions pouvoir être fiers ?

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