L'échec scolaire au coeur du débat

Laurent Vité
Membre du Comité de la Société pédagogique genevoise
Paru dans l'Educateur, n°4, avril 2003

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De la même manière que l'église doit être au milieu du village, il me semble important de remettre au centre du débat ce qui est mon souci quotidien de praticien, à savoir l'échec scolaire. Comment aider les élèves les moins performants, ou plus simplement en difficulté, à acquérir le minimum culturel vital défini par nos institutions et la société? PISA a montré récemment qu'il y a encore du grain à moudre sur la question la question de la lecture notamment. Et peut-être qu'en élargissant cette question, on pourrait se demander comment l'école peut assurer à chaque élève, performant ou en difficulté, qu'il progresse véritablement tout au long de sa scolarité.

La réponse partielle de ARLE à cette problématique a au moins le mérite de la simplicité et de la clarté: continuons comme nous l'avons toujours fait Continuons à faire doubler les élèves les plus en difficulté, continuons à faire avancer plus vite ceux qui peuvent aller le plus vite et tout ira bien. C'est un mépris total de tout ce que la recherche a pu démontrer ces dernières années, notamment sur les effets néfastes du doublement sur l'image de soi des élèves. C'est refuser de voir que ces modes de faire continuent de creuser les écarts entre les meilleurs et les plus faibles. Enfin, c'est considérer que le système des notes et d'une organisation rigide avec des échéances annuelles sanctionnées pour les apprentissages, que nous connaissons depuis des décennies, a fait ses preuves dans la lutte contre l'échec scolaire.

La problématique centrale qui motive le projet de rénovation de l'école primaire, n'est pas neuve. Nous ne sommes de loin pas seuls dans ce long combat vers plus de réussite pour tous. Le début de la rénovation en 1994 n'a fait que redonner un nouveau point de départ institutionnel pour changer un système qui depuis longtemps cherche à résoudre le problème récurrent de l'échec.

Parmi les pratiques mises en place progressivement par les enseignants dans les écoles de la rénovation, il y a le remplacement des notes par des moyens d'évaluation alternatifs et les cycles d'apprentissages. Disons d'emblée que ces deux innovations ont comme premier mérite de proposer des pistes pour mieux accompagner les élèves dans leurs apprentissages. L'enseignant et l'élève montrent les travaux aux parents, peuvent donner des explications à propos de la progression de l'enfant vers la maîtrise des objectifs. Cette démarche donne beaucoup plus de renseignements qu'une simple note. Le but des dossiers d'évaluation ou portfolio, est ainsi de fournir des exemples concrets des progrès de l'élève, qui sont alors synthétisés dans un livret scolaire par des appréciations dans toutes les matières scolaires. L'élève, lorsqu'il sélectionne ses travaux et les présente à ses parents, prend conscience de ce qu'il sait et sait déjà faire et peut mesurer ce qu'il doit encore travailler pour atteindre les objectifs de fin de cycle.

L'autre piste proposée dans le cadre de la rénovation est la notion de cycle d'apprentissage. Les cycles doivent permettre de mieux prendre en compte les rythmes d'apprentissage différents chez les élèves, et non pas de les respecter! Un élève en difficulté sera toujours poussé en avant et un élève performant pourra toujours développer ses connaissances dans des tâches plus complexes. L'enseignant n'a pas le choix de s'occuper d'un élève ou pas, notre contrat est de prendre en charge et de suivre le parcours de tous les élèves, sans exception. Le suivi en équipe d'enseignant du parcours des élèves demande une meilleure connaissance des objectifs et une plus grande cohérence vis-à-vis des attentes liées à ces objectifs. En effet, il s'agit de se mettre d'accord à plusieurs sur le type d'activités proposés aux élèves et sur la manière de les évaluer. Réfléchir à plusieurs rend d'ailleurs ces pratiques souvent plus pointues.

Etant donné la place limitée offerte pour cet article, je m'arrêterai là dans le développement de ces deux points les plus centraux du projet de réforme de l'enseignement primaire. Disons pour conclure qu'il n'est pas facile de se lancer dans des pratiques nouvelles. C'est un saut dans l'inconnu que personne ne fait à la légère. Des moyens et un accompagnement sont nécessaires. Il n'empêche que la question se pose de savoir pour qui ou pour quoi nous travaillons: pour notre confort personnel en maintenant des pratiques maîtrisées, mais qui n'amènent rien de neuf à l'encadrement des élèves; ou pour les élèves, que nous ne pouvons pas laisser dans la panade de l'échec scolaire?

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