Réservons les notes…. à la musique exclusivement !

Danielle Bonneton
Enseignante et formatrice, membre de la Société pédagogique genevoise
Paru dans la Tribune de Genève, mardi 4 mars 2003

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" La note sert entre autres à trier, hiérarchiser, exclure. Est-ce l'objectif de l'école et cette position est-elle encore tenable aujourd'hui? "

La note scolaire a bien du mal à se faire oublier semble-t-il et les conflits autour de sa réapparition, ici et là dans les débats que suscitent les réformes scolaires, comme c'est le cas à Genève, témoignent de croyances qui lui sont attachées, peut-être aussi d'ignorances à propos des recherches effectuées, il y a déjà une bonne quinzaine d'années, ainsi que de ses rapports avec le redoublement.

[La note scolaire : entre compétition et obscurantisme]

Ses enracinements dans des pratiques rituelles ne se questionnent plus tant elles sont liées à la forme scolaire, pourtant relativement récente, et à des pratiques normatives aussi puisqu'elles cherchent - entre autres et c'est là une fonction effective - à trier, hiérarchiser, exclure. Est-ce l'objectif de l'école et cette position est-elle encore tenable aujourd'hui?

Parce qu'à ne rien vouloir changer dans l'école et surtout pas les notes, on prétend s'inscrire dans une objectivité qui dirait tout d'une réalité scolaire et d'apprentissages effectués. En réalité, la note scolaire est une construction subjective aussi bien qu'une fiction et elle ne convainc en tous les cas pas ceux qui se questionnent sur les apprentissages réels des enfants, les enseignants, les parents et les chercheurs. N'en déplaise à certains, il y a de la recherche à faire dans ce domaine, à progresser dans les modalités d'évaluation des élèves et de la communication aux parents, et ce n'est pas en dénigrant le développement scientifique dans ce domaine, les réformes et les pratiques sociales que l'on créera des avancées. En médecine, il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas s'intéresser aux nouvelles découvertes, tant elles sont nécessaires ! Un enfant en développement vaut bien un malade ou est-ce une réalité moins visible ?

Au-delà du fait qu'il faille dépasser pour chacun un vécu scolaire imprégné de bonnes ou de mauvaises notes, interrogeons-nous encore sur sa réelle pertinence et son apport.

Il est vrai que la note informe minimalement, et cela on peut le lui concéder. Mais en réalité on sait qu'elle ne dit rien; rien de plus qu'une moyenne ou qu'un état provisoire. Et bien plus peut indiquer faussement parce que trop superficiellement une pente. Pourtant tous les enseignants et parents informés savent qu'une moyenne de quatre déclinée en deux plus six ne dit pas la même chose de la progression ou régression de l'apprentissage que celle qui s'agence temporellement en deux plus quatre. Ce qui compte ce n'est donc pas un chiffre qui peut monter ou descendre mais de se fixer et d'atteindre des objectifs.

[Pas de notes mais des dispositifs d'évaluation formative au service de la formation des élèves]

Sa présence à la fois ponctuelle et récurrente, mais toujours lancinante, ne cache t-elle que la peur d'un vide pédagogique qu'il suffirait de combler par des activités pertinentes, intéressantes, significatives, fécondes ? Cessons d'évaluer pour évaluer et laissons travailler les professionnels à faire apprendre!

On tente aussi de faire croire que si l'on supprimait la note scolaire, il n'y aurait plus rien qui s'y substituerait. Hors, chacun sait que, dans le mouvement de rénovation amorcé depuis des années dans l'enseignement primaire genevois, les enseignants explorent de nouvelles modalités d'évaluation avec succès et compétence; en cela c'est une réelle avancée dans l'accompagnement des processus d'apprentissage des enfants.

L'objectif effectif et affirmé de l'école devrait être de faire apprendre tous les élèves et les diverses formes d'évaluation ne venir qu'en soutien de l'apprentissage. A cette condition, on peut résolument se passer de la note et se donner des moyens de signifier les acquis scolaires et de les communiquer aux élèves, les premiers concernés, et aux parents; ce qui se fait à l'école primaire aujourd'hui! Le seul enjeu de l'école est la formation des élèves et la lutte contre l'illettrisme, l'entrée dans la culture le développement d'un esprit critique. Mais est-ce un objectif partagé ?

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