Le nœud du problème: l'échec scolaire

Laurent Vité
Membre du Comité de Société pédagogique genevoise
Paru dans la Tribune de Genève, jeudi 13 février 2003

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Que l'on voit les choses avec les lunettes de l'association pour refaire l'école (ARLE) ou pas, personne ne peut nier aujourd'hui que l'école a mal à son échec. Les récents résultats de l'étude internationale PISA nous le rappellent encore, l'école produit des élèves qui ne sont pas aptes à fonctionner dans la société, parce qu'ils n'ont pas acquis suffisamment solidement des outils de bases de l'intégration sociale tels que la lecture. Aucun acteur, ni aucun usager de l'école ne peut accepter ce constat. La société donne pour mission à l'école de fournir un minimum culturel vital à chaque apprenant, elle ne saurait tolérer que ce but ne soit pas atteint.

L'ARLE nous propose de renoncer à la réforme en cours à l'école primaire, celle-ci n'ayant pas fait ses preuves, après neuf ans de mise en place. En lieu et place, les membres de cette association nous proposent de conserver le système actuel en maintenant les notes et le rythme annuel de l'organisation scolaire. L'ennui est que ces éléments de l'organisation scolaire (notes et rythme annuel) n'ont pas démontré leur efficacité dans la lutte contre l'échec scolaire. Alors qu'ils existent depuis longtemps, l'échec se porte bien, merci pour lui! Souvent on pense qu'il n'y a pas d'autres organisations possibles, comme si ce que nous connaissons actuellement était naturel et immuable. Or, les notes comme le rythme annuel ne sont que des conventions. La difficulté est que nous y sommes habitués, et que ces conventions sont confortables pour les adultes qui les pratiquent année après année, au-delà des élèves qui eux, traversent le système. Que propose ARLE pour mieux lutter contre l'échec scolaire, si ce n'est de préserver une école qui a montré ses limites à lutter contre l'échec?

La rénovation de l'enseignement primaire cherche à faire évoluer l'école positivement vers plus de réussite. Les solutions ne sont pas immédiates, tant le problème posé est complexe, faut-il le rappeler! Remplacer les notes par un dispositif d'évaluation plus complet, vise à mieux renseigner les parents. Montrer des travaux d'élèves, expliquer comment les lire sur le plan de la progression de l'enfant en lien avec les objectifs d'apprentissage, donne une multitude de renseignement que la simple note ne donne pas. Souvent les élèves sont associés étroitement à ce compte-rendu de leur travail, ce qui leur permet d'être petit à petit plus conscients de ce qu'ils savent déjà et aussi de ce qui leur reste à travailler pour atteindre les objectifs fixés par l'institution. Les cycles permettent de mieux tenir compte des rythmes d'apprentissage des élèves, et non pas de les respecter. Les enseignants se doivent de tout faire pour que tous les élèves atteignent les objectifs, ce qui implique de pousser en avant les élèves plus lents et d'encourager les plus performants à développer encore plus leurs connaissances.

Tout ne va pas de soi; certains éléments de ce nouveau système commencent à se stabiliser après une dizaine d'années d'action et de réflexion. N'oublions pas que ce mouvement ne date pas du lancement de la rénovation, mais qu'il a été entamé bien avant par les collègues qui nous ont précédés, parce qu'aucun pédagogue digne de ce nom ne peut accepter l'échec scolaire. La rénovation n'est pas une sinécure pour ceux qui s'y engagent; il faut accepter de remettre en question des pratiques bien ancrées. Mais elle a au moins le mérite de tenter une action réfléchie contre l'échec scolaire.

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