Quand j’étais élève...

Sandrine Foti
Membre du Comité de la Société pédagogique genevoise
9 février 2003

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Par ces quelques lignes, j’aimerais exprimer toutes mes interrogations, mes incompréhensions, mon amertume vis-à-vis de certaines remarques concernant les notes à l’école.

Quand j’étais élève, je me souviens du maître qui donnait majestueusement son savoir à des ignorants qu’il fallait instruire. Puis, il mijotait une épreuve testant les capacités des élèves à reproduire ce qui avait été dit la veille. En cas d’échec, je nous revois confrontés à la parole de Monsieur le Maître qui proférait la note à haute et intelligible voix ; il nous exposait alors au regard des autres qui selon leurs propres résultats pouvaient se permettre eux aussi quelques ironies. Que de souffrances… sans ajouter la déception lisible dans le regard des parents.

Alors, pour remonter les moyennes croyaient-ils, les maîtres faisaient des épreuves de rattrapage. Evidemment, celles-ci avaient lieu très rapidement après la première, ce qui fait que les élèves en difficulté n’avaient pas le temps d’acquérir les notions. L’enseignant était alors conforté dans son premier jugement et acquérait ses lettres de noblesse en matière d’autorité et de supériorité.

Parfois, des parents complices, mais en aucun cas pédagogues, demandaient ou recevaient du maître du travail supplémentaire, à faire à la maison. Alors je nous revois, petites choses, devant une montagne de devoirs à terminer, à réviser, pour obtenir une bonne note la fois d’après. Je nous revois en train de ramer dans un système compétitif, où la relation du maître aux élèves était empreinte d’une autorité démesurée ; une fois sa porte fermée, il faisait selon son bon vouloir ; les élèves et leurs parents n’avaient qu’à bien se tenir.

Aujourd’hui, en aucun cas je n’aimerais que mes enfants grandissent dans ce système et j’apprécie la façon dont l’enseignement évolue. Enfin on semble avoir compris que les élèves sont des êtres humains, qui ont certes des choses à apprendre, mais qui ne sont plus des enfants vides de tout et qu’il faut remplir d’une seule et unique façon.

Enfin on semble comprendre que l’évaluation d’un élève ne doit pas se limiter à une note. J’attends des enseignants qu’ils me racontent comment mes enfants apprennent, ce qu’ils savent déjà ou pas encore, quelles démarches ils utilisent pour résoudre un problème, comment ils apprennent à être autonomes, quelles relations ils ont avec leurs camarades.

Ils sont quelques-uns (enseignant bien davantage au secondaire qu’au primaire d’ailleurs) à vouloir que l’on revienne à un système plus élitiste et moins démocratique ; à penser que si les élèves n’apprennent pas, c’est qu’ils n’ont pas écouté ce qui a été enseigné ; à penser que les élèves sont mal éduqués et leurs parents aussi… A croire que les notes qu’ils ont mises vont aider les élèves à comprendre leurs erreurs.

Vraiment, quelles sont les craintes de cette poignée d’enseignants qui s’opposent au changement de l’école ? Ont-ils peur de perdre leur statut de Maîtres tout-puissants ? Ont-ils peur de dévoiler leurs pratiques ? Ont-ils peur d’une surcharge de travail ?

Dans ces trois cas, je me demande comment ils conçoivent de faire encore partie d’une institution régie par des lois (l’article 4 de la LIP notamment) et traversée par des valeurs qui lui enjoignent de favoriser le développement des enfants et de participer à l’évolution de la société !

Ils se plaignent de changer régulièrement de méthodes ou de façon de faire. Que devraient donc penser les secrétaires, ouvriers, artisans, commerçants et autres cadres qui ont également dû et qui doivent encore s’adapter aux bouleversements de la société…

Enfin, n’en déplaise à Arle, la Rénovation de l’école primaire ne repose pas sur du vent, mais sur l’investissement considérable et loyal d’enseignants volontaires, désireux d’avancer dans la lutte contre l’échec scolaire, car c’est bien cela qui est en jeu dans bon nombre de travaux produits par les organismes de recherche et par l’université depuis plus de 20 ans maintenant. Que quelques profs aient peur de lâcher un certain nombre de pratiques faciles à appliquer, cela peut éventuellement se comprendre ; mais qu’ils tentent de figer l’ensemble de l’enseignement sur leurs craintes, cela frise le ridicule.

J’invite donc l’ensemble de la population à se défaire des dogmes et des croyances sur lesquels reposent les notes et à penser au sens que l’évaluation devrait prendre et qu’elle a déjà prise dans grand nombre d’écoles. Je l’invite à prendre conscience de la lutte contre l’échec scolaire que la majorité des enseignants mène depuis des années. Je l’invite, en refusant de signer, à dire NON à l’initiative prônant un retour des notes à l’école primaire.

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