"La dernière chance" … pour qui ?!

Sandrine Degoumois
Enseignante, membre de la Société pédagogique genevoise
Paru dans le Courrier en février 2003 (en réponse à l'interview de M. Delpin, secrétaire d'ARLE, publiée le 25 janvier)

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L'école publique genevoise s'est donné depuis de nombreuses années la "mission" de "donner à chaque élève le moyen d'acquérir les meilleures connaissances dans la perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir permanent d'apprendre et de se former", mais surtout "de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premiers degrés de l'école" (art. 4(1) de la loi sur l'instruction publique).

Dès 1994, je me suis engagée avec mes collègues dans le processus de la rénovation, alarmée par le triste constat de M. Hutmacher concernant l'inefficacité des moyens mis en œuvre jusque-là pour aider nos élèves les plus en difficulté dans le début de leur parcours scolaire.

Depuis bientôt dix ans, nous sommes dans une démarche de projet d'école qui évolue chaque année et n'avons de cesse d'ajuster les dispositifs que nous mettons en place :

  • regroupements successifs d'élèves durant des périodes concentrées autour d'objectifs importants de l'apprentissage dans les différentes disciplines scolaires
  • concertation continue entre les différents enseignants concernés par le parcours de chaque enfant au sein des deux cycles d'apprentissage
  • tenue régulière d'entretiens avec les parents pour les informer de la progression de leur enfant, de ses réussites comme de ses difficultés
  • mise en place de structures de soutien individuel ou en groupe pour surmonter les difficultés rencontrées par certains élèves
  • réalisation de projets mobilisant tant les enseignants, les élèves, leurs parents que d'autres acteurs intervenants dans ou autour de l'école.

Tout ceci n'a toujours visé pour nous qu'à accompagner chaque élève dans la progression de ses apprentissages, afin de faire parvenir tous les élèves aux objectifs ambitieux de la fin de la scolarité primaire.

Tout ceci n'a cependant pu se réaliser qu'avec une transformation radicale de notre vision de l'enseignement et de l'apprentissage. Nous avons abandonné une mesure quantitative et cumulative des acquis, utilisant les notes et les moyennes comme échelle ; dans un découpage annuel de la scolarité qui ne fait que trier les élèves en promouvant ceux qui sont jugés aptes et laissant en arrière ceux qui ne le sont pas. Et nous avons adopté une évaluation qualitative des compétences et des connaissances par rapport à des objectifs, en utilisant les observations, l'analyse et les appréciations comme support ; en ajustant le temps nécessaire aux apprentissages pour que tous les élèves atteignent les objectifs de la fin des deux cycles d'apprentissage.

Au moment où la première "génération d'élèves de la rénovation" vient tout juste d'entrer au cycle d'orientation, tout ceci pourrait être mis en danger par l'initiative réductrice d'ARLE, défendue avec des arguments trompeurs par des initiateurs qui cherchent à faire croire que l'école est en danger et que leur préoccupation principale est la population scolaire la plus fragile !

Je ne peux donc qu'inviter tous les citoyens qui bénéficient du droit à s'exprimer lors des scrutins à prendre leurs responsabilités face à tous les élèves concernés aujourd'hui qui seront nos concitoyens de demain, en refusant de signer et en rejetant cette initiative !

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