L'avis du primaire compte !

Olivier Baud
Paru dans le Courrier, vendredi 31 janvier 2003

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INITIATIVE • Olivier Baud, président de la Société pédagogique de Genève, estime que dans leur majorité les enseignants du primaire ne soutiendront pas l'initiative pour le maintien des notes.

Les instituteurs et les institutrices ne signeront pas une initiative qui leur lierait les mains!

Une chose est sûre, ce n’est ni au sein de l’enseignement primaire, ni auprès des partenaires directement concernés que le comité d’initiative "Oui au maintien des notes à l’école primaire" va trouver un nombre conséquent de signatures. J’estime que c’est important de le souligner car, immanquablement, on va essayer de faire croire que ce sont les instituteurs qui expriment leur ras-le-bol par cette démarche, alors qu’en fait il s’agit d’un acte proche de l’ingérence, orchestré par des personnes pour la plupart étrangères au primaire. Pour sa récolte de signatures, l’Arle va donc devoir chercher ailleurs. Dès lors, on peut craindre que la désinformation, la mauvaise foi et les arguments spécieux ne viennent fausser ce qui aurait pu être, et aurait dû rester, un débat intéressant et serein sur l’actuelle rénovation en cours. A noter qu’Arle a toujours refusé de rencontrer la Fédération des enseignants genevois (FEG), dont la SPG fait partie. Cela dit, nous sommes bien conscients que la situation est loin d’être idyllique, nous qui sommes les premiers à dénoncer les errances du département et à nous battre, entre autres, pour que les moyens nécessaires et promis arrivent! Mais les enseignants du primaire, malgré les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, ne se laisseront pas abuser ; ils sont les premiers défenseurs d’une école de qualité, et savent que cette dernière, comme toute institution, est forcément amenée à évoluer. Les instituteurs ne croient surtout pas que le combat, urgent à mener, contre l’échec scolaire et l’exclusion sera résolu grâce à l’argument simpliste des notes! Enfin, ils ne signeront pas cette initiative parce qu’elle représente une contrainte inadmissible, contraire à l’esprit même de l’enseignement, en portant atteinte et en bafouant la liberté d’action et de réflexion qui anime chaque enseignant. Tout le monde croit connaître l’école primaire pour y avoir passé quelques années de sa vie, et peut, par exemple en tant que parent, se sentir désemparé quand il ne reconnaît plus ce qu’il a lui-même vécu. La société change, l’école évolue, cette mutation, réelle, doit être l’affaire de tous. Aussi, j’espère qu’en apportant ces quelques précisions sur l’avis des professionnels, cela aidera la population à ne pas se laisser duper par une initiative autant rétrograde que populiste.

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