Non aux notes à l’école !

Olivier Baud
Paru dans la Tribune de Genève, samedi 21 décembre 2002 (en réponse à la lettre d’André Duval, parue le 11 décembre).

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La mutation de l’école primaire est réelle. Le métier d’instituteur évolue, et gagne toujours plus en qualité. La nouvelle évaluation des élèves, utilisée en division élémentaire et dans les écoles en projet, reflète bien ce gain. Cela est démontré par le haut degré de satisfaction, indéniable, des parents et des enseignants qui ont testé cette évaluation sans notes. Alors, pourquoi ne pas leur faire confiance? Pour quelle raison des voix, minoritaires, s’acharnent-elles à réclamer le maintien des notes? Les nostalgiques de la note ont peut-être de la peine à imaginer autre chose que ce qu’ils ont vécu eux-mêmes, et reculent devant l’inconnu. Cette attitude dévalorise la profession. L’école primaire est bien trop importante pour que l’on tente encore de reléguer l’enseignant à un rôle d’exécutant. (…)

Toutefois, l’école ne peut pas se contenter d’un constat empreint de fatalisme, et attendre que le changement s’opère pour ainsi dire naturellement (quand les élèves évalués sans notes seront eux-mêmes devenus professeurs convaincus du bien-fondé de cette méthode). Si j’osais, je ferais le parallèle avec les enfants battus. Lorsque l’on sait que les enfants violentés par leurs géniteurs ont de grands risques de devenir à leur tour des parents qui frappent, on appréhende différemment la maltraitance. Il n’y a pas de bonne gifle, et la note juste n’existe pas. Nous avons tous souffert, à des degrés divers, du système injuste des notes, et, sous prétexte que nous y avons survécu, nous devrions l’infliger à nos propres enfants, élèves? J’espère bien que non! et que nous tous, citoyens, parents, grands-parents, enseignants, veillerons à défendre une école où qualité, réflexion, action et évolution sont intimement liées.

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