Les parents et les enseignants ont plus de vues communes sur l’école qu’on veut bien le dire !

Olivier Baud
Paru dans la Tribune de Genève, samedi 23 novembre 2002

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"Les parents demandent, entre autres, à participer à des conseils d’établissement, ne faudrait-il pas y voir là une occasion d’asseoir de saines et solides relations?"

La récente note d’information du service de la recherche en éducation (SRED) qui fait état, entre autres, des divergences entre les parents et les enseignant-e-s sur leur propre représentation de la mission de l’école, mérite qu’on s’attarde quelque peu sur certaines des questions qu’elle soulève.

Certes, les parents et les enseignants, placés qu’ils sont en tant que professionnels ou usagers ont, actuellement, une vision différente de la mission dite première de l’école. S’ils n’ont pas la même hiérarchisation des objectifs (ils ne sont pas d’accord sur le degré d’importance à accorder à chacun d’eux), il est tout à fait erroné de présenter les deux partenaires comme étant en opposition.

En effet, il est absolument clair qu’aucun des objectifs fondamentaux de l’école n’est écarté ou oublié par l’une ou l’autre partie, et heureusement! Dans leurs conclusions, les auteurs affirment que "la demande prioritaire des parents vis-à-vis de l’école concerne le développement de la mission d'instruction, alors que les enseignants se préoccupent davantage du développement des missions de socialisation et d’ouverture/intégration".

A ce stade, les biais d’interprétation possibles des questions et des réponses laissent songeurs. Lorsque les enseignants répondent à plus de 75% que l’école primaire "donne déjà l’importance qu’il faut" à la mission d’assurer la transmission des connaissances de base, cela ne signifie pas, et de loin, que cette mission est négligée ou mise au second plan. Ne peut-on pas plutôt comprendre que l’école donne en effet déjà suffisamment la priorité à l’instruction, au détriment d’une mission de solidarité et de coopération? Ne doit-on pas comprendre que les enseignants réclament plus d’espace et de moyens pour honorer une mission citoyenne inscrite dans la Loi?

Dès lors, il convient de se poser la question de savoir d’où vient ce décalage. L’école souffre-t-elle d’un déficit de communication? Assurément oui, et il faut y remédier sans délai car cela se retourne contre elle, notamment en laissant trop de latitude aux initiatives aussi populistes que rétrogrades. Nous tirons la sonnette d’alarme, et pourtant nous n’oublions pas, et tenons à le redire, que, dans sa grande majorité, les parents font entière confiance à l’école, mais cela ne suffit (malheureusement) pas. Car tout le monde connaît l’école en se basant sur sa propre expérience en tant qu’écolier, et s’y réfère quand il faut se prononcer sur des enjeux actuels.

En l’état actuel, nous pourrions redouter que des consultations populaires viennent mettre à bas l’immense travail construit par les enseignants dans le cadre de la Rénovation. Sans tergiverser, si nous prenons le cas de l’évaluation sans notes, bien peu d’électeurs ont connu ce système, nous le savons. Aussi il peut apparaître délicat de demander au peuple de trancher sur cet aspect, sauf, si l’on veut bien porter à la connaissance de toutes et tous que le nouveau livret scolaire (sans notes) et le nouveau dispositif d’évaluation qui l’accompagne, donnent entière satisfaction à plus de 75% des parents! Et que l’on veuille bien préciser que les 65 écoles en projet à ce jour (ce qui couvre le 40% des classes) ont fait ce choix de manière délibérée, sans pression aucune.

D’une façon ou d’une autre, les choix opérés par l’école et les satisfactions qu’en retirent les différents partenaires seront connus de tous, mais nous ne pouvons pas nous autoriser le luxe d’attendre que cela se fasse tout seul. Un véritable accent doit encore, et probablement toujours, être mis sur la qualité des relations famille-école. Les enseignants et les parents ont tout à gagner à mieux connaître et respecter leurs divers champs de compétences. Chacun est à sa place, et sait ce qu’il a à faire.

Les parents demandent, entre autres, à participer à des conseils d’établissement, à être, représentés par leur association, plus présents dans les organes de concertation; ne faudrait-il pas y voir là une heureuse opportunité à saisir, une occasion d’asseoir de saines et solides relations? Faisons le travail ensemble, et (r)établissons des règles communes. Cette étape paraît essentielle, pour que la mission de l’école ait une chance d’être comprise par tous!

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